
Name: Helmi Maria
I am Helmi Maria
At the moment I am living in Dhaka in Bangladesh but I am calling Australia home. I am a travel writer, hobby botanist, gardener and birder
africa
au fil du niger
au fil du niger - part two
excursion sur le fleuve niger
niamey
niger
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parc du w
visited *loading* times
…Le guide s’installe à l’arrièr afin de déceler plus facilement la présence d’animaux

…savane boisée saoudienne et de forêts galerie…
… c’est une piste étroite mais carrossable….
3 éme journée. Visite au parc du « W ».
D’un moment à l’autre le téléphone de mon compagnon de « chambrée » devrait sonner. Il sonne. Il est six heures moins le quart. Le jour n’est pas encore levé, mais une pâle lueur trahit déjà l’obscurité déliquescente. Nous avons bien dormi sous cette tente de bédouins. Vers une heure je suis sorti pour gouter un instant à la magie d’une nuit étoilée au milieu de la vie sauvage, je connais mal les constellations mais le ciel était magnifique !
Il fait agréablement frais, sur le chemin de la douche j’aperçois en direction du fleuve Moussa qui s’active à préparer le petit déjeuner, Boubakra comme à son habitude doit bichonner le moteur de la pirogue et le préparer à la remontée à contre courant, qu’ils entreprendront tous les trois avec Jean-Claude, dés que nous serons partis pour le parc.
Installés au même endroit que pour le dîner, près du « débarcadère » nous apprécions une nouvelle fois au milieu de la nature un copieux petit déjeuner à la française. L’idée est donnée à Jean-Claude qu’il faut peut être adapter ses repas aux goûts et habitudes de ses clients étrangers et prévoir œufs et bacon en plus. L’idée est notée. A nos cotés les chauffeurs, les guides et les gardiens du camp font provisions d’énergie également, parlent fort, éclatent de rire à chaque instant, montrent leur joie de vivre tout simplement.
Un dernier tour à la tente pour ranger la brosse à dents, récupérer une paire de chaussettes qui voulait se faire oublier sous un lit et nous rejoignons le véhicule tout terrain qui nous conduira au travers ce « parc du W ». Idrissa arrime solidement nos bagages à l’arrière.
Dans un premier temps notre jeune guide souhaite monter avec nous dans la cabine. Je l’interroge sur sa mission et lui suggère qu’il est préférable de monter debout à l’arrière, où l’arceau de sécurité lui permet une prise sûre, d’où il peut mieux surveiller, apercevoir les animaux et d’où, d’une baguette dont l’extrémité atteindrait le pare-brise il indiquera au chauffeur la direction à suivre, où il devra marquer l’arrêt. Il en convient. Je suis étonné de ce manque de professionnalisme et m’interroge sur ce que sera notre « guidage ». Mais bon ! J’ai confiance dans notre bonne étoile !
Nous prenons congés de notre trio d’accompagnateurs dont les bons soins s’arrêtent ici ou presque…et c’est parti pour la découverte de la faune et la flore de ce fameux « parc du W ». Il est vrai que ce n’est pas la meilleure période pour apercevoir la faune. Nous sommes en fin de saisons des pluies, les mares sont remplies, les animaux peuvent étancher leur soif partout et à tout moment. Au contraire un peu plus tard dans la saison, quand l’eau se fait plus rare et que la chaleur les tient au fond des couverts dans la journée, il est plus facile de trouver les heures et les points d’observation, du fait de leur ralliement aux points d’eau connus.
Le fleuve nous a déjà offert tant de choses à découvrir que nous nous contenterons même d’un lapin aperçu, l’essentiel est d’être là !!
Le « Parc national du W » est la plus grande réserve en Afrique sahélienne avec près de
Au petit déjeuner Jean-Claude nous a expliqué que la gestion du parc reste difficile du fait des populations riveraines en quête de pâturages pour leur troupeaux , de terres cultivables et qui n’hésitent pas, pour quelques uns, à braconner un gibier qui de tout temps a amélioré leur ordinaire soit par la consommation immédiate soit par la revente d’espèces protégées à des personnes peu scrupuleuses, indifférentes à la protection de la faune !
Il est sept heures dix, il fait jour à présent quand nous quittons le campement par la piste régionale que nous laissons rapidement pour obliquer au sud.
C’est maintenant une piste plus étroite, mais carrossable, les abords ont été dégagés à la saison dernière par « ces feux d’aménagement » permettant d’éviter le boisement excessif de ces espaces et d’entretenir le tapis herbacé indispensable aux herbivores qu’ils soient domestiques ou sauvages. Ces fameux feux aperçus hier soir de la pirogue.
Les feux sont allumés traditionnellement par les pasteurs en fin de saison des pluies. Actuellement ce sont les gestionnaires du parc qui réalisent ces brulis contrôlés, qui ne font ainsi que répéter et améliorer ce que la nature faisait auparavant de manière aléatoire, ces brulis nous permettent aussi une meilleure observation des animaux.
Des pintades sauvages tout de gris emplumées, finement tachetées de blanc, une multitude de ces volatiles se sauvent en piétant à l’approche du véhicule pour se cacher dans les herbes, comme si elles venaient de s’évader d’un poulailler, de peur d’être reprises à l’approche de la fin d’année…, des huppes, délogées de leur perchoir, s’enfuient à tire d’ailes en poussant des trilles de mécontentement ! Des tourterelles s’envolent au dernier moment du sable de la piste, où elles se confondent !
A un carrefour nous nous arrêtons pour laisser descendre un jeune gardien du camp embarqué au départ et qui après un temps passé au travail va rejoindre sa famille, il nous salue bien aimablement et nous remercie individuellement dans un français impeccable, fait assez rare pour être souligné !
Quelque distance plus loin, nouvel arrêt. La voiture est garée et nous continuons à pied jusqu’à un point d’observation qui donne sur une retenue d’eau.
Là, sur un muret, nous pouvons observer, à se prélasser au premiers rayons du soleil un jeune crocodile, nous en découvrons un autre, puis un troisième sur la berge plus loin ! Ils se fondent dans la végétation environnante, ils attendent la venue d’une proie ! Ils attendent leur petit déjeuner !
Nous poursuivons notre piste. Voilà un moment que nous roulons sans signe de notre guide si ce n’est, de temps en temps, pour indiquer la direction au chauffeur à la croisée de chemins, le soleil atteint maintenant la cime des arbres. Soudain le guide frappe le toit « buffles, à droite, buffles ! ». Effectivement, là dans la direction indiquée derrière les herbes et les arbres on devine de grosses masses sombres qui viennent sur nous puis obliquent au bruit du moteur. Idrissa ralentit, roule au pas, s’arrête. Les bovins peuvent être six ou sept, obliquent pour marcher d’un pas rapide parallèlement à notre propre progression tout en se rapprochant de nous. Nous les voyons maintenant bien distinctement de grosses bêtes noires, leur corps massif, leurs larges cornes recourbées, donnent une véritable impression de force, de puissance.
Ils accélèrent encore le pas pour trotter dans un bruit d’herbe froissée et de branches brisées. Idrissa redémarre pour les suivre, puis ralentit à nouveau car les mastodontes se rapprochent toujours de notre piste qu’ils semblent vouloir franchir et par là même de la voiture… Autant que faire ce peut il faudrait éviter la collision, car visiblement nous ne ferions pas le poids ! Même pour une belle photo ! D’un bond à la fois lourd, rapide et puissant ils traversent pour disparaître à nouveau dans la savane, là juste devant nous ! Et cette photo je la rate en plus, faute d’un réglage adéquat !

Nous nous serions contentés de la vue d’un lapin, nous sommes comblés !

…des pintades sauvages tout emplumées de gris, finement tachetées de blanc…
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…sur un muret un crocodile se prélasse aux premiers rayons du soleil…

…un buffle impressionnant de force et de puissance, il ne craint aucun prédateur…il peut être agressif
Au passage d’un guet nous dérangeons un jeune crocodile qui s’enfuie en ondulant sous les branchages, il devait approcher subrepticement un canard à bosse au plumage marron, qui lui déambule tranquillement en contre bas de la piste, fouillant les eaux vives en quête de quelques cressons locaux, comme si nous n’étions pas là, sans se douter que l’on vient peut être de lui sauver la vie, l’ingrat ! Un martin-pêcheur à poitrine bleue, au long bec rouge observe impassiblement la scène perché sur une branche à mi-hauteur. Helmi mitraille et enferme tous ces beaux oiseaux dans sa boite à images nippone ! La rive opposée est raide il faut utiliser le crabot pour sortir la voiture de la caillasse !
Nous roulons maintenant au travers une zone particulièrement boisée. Au loin devant nous, des singes à tête rouge traversent en bondissant. Alors que nous arrivons à la hauteur de leur passage, un attardé se fige n’osant plus continuer sa course, assis sur son derrière, il se gratte la tête, il attend « que me veulent ces humains ?? » on peut l’observer et le photographier ! Il se retourne, des congénères arrivent sautant de branches en branches ! Je regrette de ne pas avoir un objectif photographique plus puissant.
Depuis le départ nous avons croisé qu’un seul véhicule celui de nos voisins de campement, les jeunes francophones. Nous avons l’agréable sentiment d’être seuls dans l’immensité du parc.
Ici un panonceau nous invite à jeter un coup d’œil sur une magnifique vue dans les gorges de
Nous nous dirigeons toujours vers le sud en effectuant des crochets au gré de pistes secondaires pour gagner un site à admirer, un point d’observation. L’époque ne nous permet pas d’espérer même rencontrer d’éléphants, ils sont plus loin au Bénin, ils reviendront vers le Niger au début du mois de janvier pour se vautrer dans les eaux du fleuve et s’y désaltérer. L’heure ne nous permet pas non plus d’espérer une rencontre avec un lion, ils sont pourtant présents dans le parc nous assure le guide, il nous précise qu’il est parfois possible de les entendre rugir la nuit à partir du campement où nous avons passé la nuit.
Nous nous contentons de l’image fuyante de quelques gazelles dérangées dans leur déjeuner, de quelques antilopes comme cette hippotrague à tête noire aperçue fugitivement ou de quelques gros cobs de Buffon mâles délogés de leur sieste, qui s’éloignent un instant d’un
pas de sénateur, s’arrêtent, se retournent en ruminant quelques grossièretés à notre égard sans doute !
Cette nature tranquille, dépaysant, de forêt sèche et de savane, traversée par des rivières est à elle seul un ravissement suffisant à nos souhaits de découverte !
Il est midi quand nous atteignons l’extrémité sud du parc, le fleuve Mékrou en marque la limite ainsi que la frontière avec le Bénin. Là sous la frondaison et la fraicheur des arbres, au bord du fleuve, un endroit a été aménagé avec table et bancs pour pique-niquer. Nous allons en profiter pour déjeuner.
Même absents, les « organisateurs » de notre périple continuent à nous prodiguer leurs bons soins à travers cet ultime déjeuner. Rien ne manque dans le carton préparé par
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« …se fige…assis sur son derrière se gratte la tête… » |
Photo n°
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« …mais que me veulent ces humains ??.. ». |
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« …nous venons de lui sauver la vie peut être, il nous ignore, l’ingrat !… » |
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« …une femelle cob de Buffon dérangée dans ses rêveries féminines… » |
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Moussa embarqué au moment du départ, la nappe, les couverts, les serviettes tout est là, nous profiterons même encore dans cet endroit des dernières bouteilles de bière rafraichies et l’essentiel bien sûr, viande de mouton froide accompagnée d’une salade composée, en dessert tranches d’ananas et bananes et en quantité suffisante pour en faire profiter tous les membres de l’équipée.
Nous apprécions ce moment de réconfort, de détente, de calme dans cette niche de verdure qu’aucun insecte ne vient dissiper. Chacun d’entre nous parle doucement comme pour mieux profiter du bruit de l’eau et du chant incessant des oiseaux dans les arbres. On se remémore, pour mieux les inscrire dans notre mémoire, les moments forts de la matinée. Des moments comme ceux là, pour qui sait les apprécier à leur juste valeur, en tirer « la substantifique moelle », sans se laisser perturber par les inévitables minimes désagréments des déplacements en Afrique, ressemblent à une efficace pharmacopée contre les maux de l’esprit et du corps même, contre les pires maladies !
Malheureusement le temps nous est compté, il faut écourter notre thérapie, il faut retourner en ville, il faut rentrer à Niamey avant la nuit, question de sécurité en Afrique, ne jamais rouler de nuit ! Une roue dégonflée à changer nous offre le plaisir de profiter encore un peu de l’endroit et d’échanger avec nos jeunes francophones arrivés là aussi. Nous apprenons qu’ils sont suisses et que la jeune femme a travaillé à la conservation du parc et de son environnement.
Elle nous confirme que la population des environs est constituée d’une mosaïque d’ethnies aux traditions culturelles et religieuses diverses, il y a là : des Baribas, des Peuls, des Gandos, des Dendis, des Haussas, des Mokollés et des Gourmantchés.
Ces ethnies diverses vivent en lien très étroit avec le milieu naturel dont ils tirent traditionnellement toutes les ressources nécessaires à leur subsistance par le biais de l’agriculture, de l’élevage, de la chasse et de la pêche, mais aussi de la cueillette, la flore locale constituant un réservoir important d’aliments et de médicaments.
Une tradition partagée soude fortement cette société agro-pastorale : le même respect de la nature qui leur apporte chaque année les fruits de leurs récoltes et de la brousse.
Maintenant il faut partir, d’autant plus que nous devrons nous arrêter au village de
Sur le retour une compagnie de babouins nous offre ses jeux dans les branches de grands arbres. Nous descendons pour nous approcher et les photographier. Un grand mâle en charge visiblement de la sécurité du groupe ou plus curieux que les autres en fait autant de nous. Helmi l’œil bloqué derrière son viseur semble l’ignorer, le grand singe s’approche puis fait demi tour, comme s’il avait compris que nous ne représentions pas véritablement un danger, nous présentant sans gêne, son derrière dépoilé, rouge et lisse.
Plus loin quelques charognards tournoient autour d’une carcasse, dont il ne restera bientôt plus que quelques os blanchis au soleil, qui a leur tour se désagrégerons retournant à la poussière, c’est aussi cela l’équilibre de la nature, à la fois fragile et dur !
Plus loin c’est toute une harde de cobs de Buffon que nous dérangeons dans leur sieste méridienne, après la séance photos nous les laissons à leur repos pour gagner la sortie du parc.
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« …Il est midi quand nous atteignons l’extrémité sud du parc, le fleuve Mékrou en marque la limite ainsi que la frontière avec le Bénin… » Photo n° |
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« …Là sous la frondaison et la fraicheur des arbres, au bord du fleuve, un endroit a été aménagé avec table et bancs pour pique-niquer. Nous allons en profiter pour déjeuner… » Photo N° |
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« …Même absents, les organisateurs de notre périple continuent à nous prodiguer leurs bons soins à travers cet ultime déjeuner. Rien ne manque dans le carton préparé par Moussa… » Photo n° |
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« …une roue dégonflée à changer nous offre le plaisir de profiter encore un peu de l’endroit…de prolonger la thérapie… » Photo n° |
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Après quelques formalités et quelques règlements, nous quittons notre guide sans bien sûr lui avoir redonné une pièce supplémentaire pour l’encourager à améliorer ses connaissances et sa pédagogie avec les visiteurs….
Nous laissons la roue à l’atelier de « vulcanisation ». Le maître des lieux est absent, mais l’apprenti promet de faire le travail « aussi bien que le patron ». Pendant ce temps nous partons visiter le « musée » mais les deux « morceaux » d’éléphant momifiés encadrant l’entrée, rongés par les vers et les termites ne sont pas de bons augures. La courte visite ne dément pas la première impression ! En dehors de quelques photographies d’animaux, décolorées par le temps, la chaleur et la lumière et d’oiseaux empaillés qui ressemblent plus à des épouvantails miteux, il n’y a rien à voir, rien à apprendre. C’est bien dommage il y aurait pourtant de quoi nourrir la curiosité des visiteurs tant sur la faune, la flore que l’intérêt préhistorique du lieu.
Ce parc du W a été érigé sur ce qui était un haut lieu de la préhistoire africaine et donc de l’origine de l’histoire de l’homme, le berceau de l’Humanité. La région et les abords de la rivière Mékrou en particulier recèlent de très nombreux sites archéologiques, dont les plus anciens, caractérisés par des outillages de pierre taillée, datent du paléolithique inférieur (-200.000 ans)
Certaines traces d’activité humaines fréquentes dans le parc sont constituées par les innombrables vestiges de foyers métallurgiques (ancêtres des hauts fourneaux) qui témoignent d’une antique tradition de production du fer à partir du minerai contenu dans la latérite. De cette activité très ancienne ne subsistent désormais que des amoncellements de scories métalliques qui défient le temps et les éléments et qui font du « W » l’un des hauts lieux de la préhistoire de l’âge de fer.
J’ai du lire cela dans un manuel sur le Niger, notre jeune guide n’a pas été en mesure de nous faire découvrir cet aspect du parc et ce musée n’en parle pas, ni ne met sa riche faune en valeur. Le ministre du tourisme a encore pas mal de boulot !
La roue est réparée ! Nous reprenons la route ou plutôt la piste car c’est encore plus de 100kms de sable et de latérite qu’il faut parcourir avant d’atteindre le goudron, un peu avant « Say ». Tout au long de ce tronçon nous rencontrons encore de nombreux grands troupeaux de bœufs conduits par des Peulhs, nous apprécions encore quelques beaux paysages comme cette vallée du fleuve Diamongou que nous franchissons tout éclairé d’une lumière orangée du soleil déclinant à l’horizon.
Il fait nuit quand nous entrons dans Niamey, mais dans nos têtes les souvenirs de ce périple sont encore tout illuminés !
Novembre 2007
Dominique Delagneau
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« …nous déchargeons le matériel… …c’est une clairière herbeuse, bordée d’acacias et de caïcedras… » |
Photo n° 19
| « …trois énormes baobabs découpent leur silhouette dans le ciel… » |
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« …avant de disparaître dans la nuit, en silence, comme il est venu… » |
Photo n° 21
2 éme journée.
Il peut être 6h ou 6h30, je n’ai pas regardé ma montre, j’ai senti que c’était le moment, je voulais voir le soleil se lever sur le fleuve, je pensais être le premier à mettre le nez « dehors », Moussa et Boubacar m’ont devancé. L’un s’affaire déjà discrètement à la préparation du petit déjeuner, l’autre s’occupe du moteur.
Tout est calme, il fait encore sombre, mais un halo de lumière diffuse, là bas de l’autre coté du fleuve, derrière les collines, où s’abrite le village de Kirtachi, force imperceptiblement les ombres à reculer, redonne aux choses, leur forme, pas encore leur couleur…
Je profite du spectacle. Nous avons tous des souvenirs d’instants pareils, celui-ci me restera aussi. Il est propice aux pensées !
Maintenant, il fait jour sur notre campement, mes compagnons de voyage sont sortis de leur tente, les matelas s’empilent, les draps, les couvertures retrouvent leur sac protecteur, la douche verse encore son eau…une brosse à dents, un rasoir, électriques importent jusque dans ce coin de brousse africaine, la résonnance de leur fine technologie au service de l’hygiène …
Le petit déjeuner est servi dans les mêmes conditions que les repas précédents. Dans ce décor, éclairé d’une lumière neuve, dans les senteurs exacerbées du petit matin, chacun selon son goût apprécie café ou thé. Le boulanger n’est pas passé, pourtant les croissants sont là, le pain est frais. Moussa veille à satisfaire, au mieux, nos papilles, nos estomacs.
Un vieil homme, son long bâton appuyé sur les reins par ses deux bras en crochet, comme s’il avait été condamné à se tenir droit, mène ses deux vaches, passe au travers les restes du campement, nous salue d’un signe de la tête, sans se soucier d’avantage de ces envahisseurs d’une nuit.
Maintenant tout le matériel est remonté à bord, il ne manque plus que nous…Jean-Claude use de diplomatie, pour nous rappeler que la journée n’est pas finie, que nous avons d’autres choses à voir, d’autres gens à rencontrer, qu’il faut y aller. Nous quittons à regret l’endroit, mais bientôt, comme pour nous consoler, la voie fluviale, nous entraîne toujours plus au sud, nous offre à nouveau toutes ses beautés.
A présent, les rives se présentent plus escarpées, le fleuve semble s’être donné un peu plus de mal à creuser son lit dans le grès, des rochers affleurent par ci, par là, effilochant le courant. Moussa doit être vigilent, Boubacar attentif…parfois les eaux se font plus remuantes, pour la première fois depuis notre départ, le clapotis se fait bruyant sous l’étrave de la pirogue.
Là, le fleuve reprend ses aises, s’étale à nouveau, les eaux épanchées sont par endroit recouvertes d’un immense tapis d’herbes et de plantes aquatiques, les zones épargnées par cette végétation exubérante, reluisent au soleil, on dirait de grandes clairières tapissées de plaques d’argent. Mais vite la berge reprend de la hauteur.
Au fur et à mesure de notre descente, les embarcations venues du Bénin, remontant vers le haut Niger familles et marchandises, se font plus rares, quelques unes sont pourtant amarrées le long de la berge, l’instant de quelques ventes, de quelques échanges avec des groupes installés là pour la saison, le temps du débarquement de ceux qui sont arrivés.
Photo n° 22 |
« …mes compagnons sont sortis de leur tente, les matelas s’empilent … » |
| « …importent jusque dans ce coin de brousse africaine, la résonnance de leur fine technologie au service de l’hygiène… » |
Photo n° 23 |
Photo n° 24 |
« …un vieil homme mène ses vaches, sans se soucier d’avantage de ces envahisseurs d’une nuit… » |
| « …à regret, nous quittons l’endroit … » |
Photo n° 25 |
Immanquablement Boubacar est salué, sans perdre le fil de l’eau du regard, sans lâcher le gouvernail, il salue de son bras libre, réponds, échange quelques mots, donne des nouvelles, en reçois.
Aussi loin que nous puissions voir, nous apercevons des villages nichés dans des bouquets d’arbres et des troupeaux disséminés, parfois l’instant de notre passage, nous côtoyons de grands troupeaux de bœufs noirs à longues cornes que leurs propriétaires Peuls sont venus abreuver.
Jean-Claude nous explique : « les peuls sont aussi des nomades qui se déplacent avec leurs animaux, ils les fonts paître sur une largeur de cinquante kilomètres le long du fleuve. A la saison des pluies, surs de trouver de l’eau, ils peuvent aller plus loin encore, mais au fur et à mesure que la saison sèche avance, ils se rapprochent du fleuve. ».
C’est justement une communauté de Peuls bororos semi-sédentaires que « le capitaine » nous invite à aller rendre visite alors que la matinée est déjà bien entamée, non loin du village de Gosso.
Le nez de la barque se fiche dans les herbes, il faut grimper sur le plateau. Bien sûr nous sommes accueillis par des gamins, mais ce ne sont pas les mêmes qu’hier, loin s’en faut !
Il s’agit essentiellement de jeunes bergers. Ils sont habillés traditionnellement de leurs longs vêtements, humbles, poussiéreux peut être, mais « propres ». De plus ils ont visiblement le souci de se protéger du soleil par des chapeaux de paille presque élégants. Si les gamins sont filiformes, c’est là leur nature, ils ne sont pas maigres et leurs visages réjouis n’inspirent aucune inquiétude sur leur santé. Ici, c’est « un bic » « un cahier » qui est réclamé, mais sans agressivité, sans insistance.
Un troupeau d’ânes, passent en galopant sur la piste, je n’en ai jamais vu autant d’un coup, une cinquantaine peut être, ce sont de belles bêtes au pelage gris-beige avec une coulure marron sur les épaules, exactement comme si on leur avait cassé un œuf de peinture chocolat sur le haut de l’échine et que son contenu se soit déversé de façon absolument symétrique. Ils ne font pas pitié non plus, pas comme ceux, maltraités de Niamey, mais peut être bien que c’est la leur prochain devenir…Jean-Claude confirme, « les gens qui ont un peu d’argent investissent dans l’élevage de l’âne, un ânon se vend 50, voir 65 000 frs cfa (environ 75, 100 de nos €uros), un âne en pleine force de l’âge peut se vendre 150 000 frs cfa (230€). Les bêtes sont vendues pour le trait des petites marchandises, légumes, bois, fourrage, paille destinées aux marchés de Niamey. Les animaux peuvent parcourir jusqu’à 100 kms dans la journée sous le soleil écrasant, beaucoup meurent de soif, de faim et d’épuisement, sans parler des coups…. Chaque entrée de la capitale possède son cimetière d’ânes…»
Un vieil homme vient à notre rencontre, nous salue par une chaleureuse poignée de main à chacun, échange avec Jean-Claude il parle un peu le français, il nous conduit vers les premières cases. Là aussi c’est un autre spectacle.
Il s’agit de cases traditionnelles, rondes faites de paille disposées en cercle, comme pour mieux assurée la communauté, avec parfois un enclos sur le devant pour maintenir, autant que faire se peut, les chèvres et moutons à distance de l’espace « réservé » aux humains.
Dans ces courettes, en cette fin de matinée, des femmes s’activent autour de grosses marmites installées sur un feu de bois, d’autres pilent le mil dans ce geste ancestral, image africaine par excellence ! Elles nous sourient gentiment, échangent entre elles, rient de plus belle, sans arrêter leurs gestes, peut être juste l’instant d’une photo, sans rien réclamer pour cela. Elles sont vêtues de boubous aux couleurs vives, certaines portent des boucles d’oreille en or, de fines scarifications soulignent les traits de leurs visages.
Photo n° 26 |
« …leur visage réjouis n’inspire aucune inquiétude quant à leur état de santé… » |
| « …les greniers à mil que la présente saison n’aura pas remplis… » |
Photo n° 27 |
Photo n° 28 |
« …des femmes aux boubous colorés… » |
| « …des scarifications tribales soulignent les traits de leur visage… » |
Photo n° 29 |
Je risque un coup d’œil à l’intérieur d’une de ces cases. Une gamine est occupée à balayer le sol de terre battue. Il y a un grand lit à l’encadrement de rondins, un matelas, des couvertures et une moustiquaire, les objets semblent avoir leur place. Je ne remarque toutefois, comme ailleurs, ni jouet, ni livre.
A coté des cases, des greniers à mil, de même construction, sont perchés sur leurs pieds de bois pour protéger la récolte des « prédateurs » de toute sorte. Je monte à l’échelle, le grenier est rempli à moitié de mil, le reste de l’espace est occupé d’outils agraires, de calebasses, d’objets d’osier tressé ou même de bassines en matière plastique. Notre accompagnateur nous explique : « cette année faute de pluie, la récolte n’a pas été bonne et les greniers ne sont qu’a moitié plein, l’année dernière à même époque il avait fallu construire d’autres greniers ». Un d’entre nous ose une question « cela suffira-t-il jusqu’à la prochaine récolte ? ». Il regarde par terre sans répondre aussitôt, de son bâton trace une croix dans la poussière, comme pour se donner un temps de réflexion, lève les yeux et prononce quelques chose dans sa langue que je traduis personnellement par « on verra ! »
L’espace de la communauté est délimité par une barrière d’épineux que nous franchissons par un petit passage pour se diriger vers un autre groupe d’habitations. En chemin nous croisons assise par terre, à l’ombre d’un manguier, une femme au regard vide, elle peut avoir trente, quarante ans, ses gestes sont désordonnés, elle se retourne sur nous, nous fixe une seconde et nous ignore à nouveau. Comme dirait nos amis allemands, « elle ne semble pas avoir toutes les tasses dans le placard ! ». Notre guide nous explique qu’il s’agit d’une femme découverte il y a quelques semaines par les vachers, déambulant nue, au milieu de la brousse, incapable de dire qui elle était, d’où elle venait. Ils l’ont conduit jusqu’ici, la communauté l’a prise en charge.
A travers les restes d’un champ de mil, nous atteignons la mosquée, case rectangulaire de pisé, aux angles surmontés d’une boursouflure de terre battue, à l’entrée les tablettes de bois avec les saintes écritures et devant, contigu un espace ombragé destiné aux palabres, c’est là que nous nous asseyons un instant pour parler avec le chef du village.
Au même moment, arrive le boucher sur une vielle bicyclette hollandaise, il parcourt la brousse à la recherche de bêtes à acheter ou même à tuer sur place, à découper, en « se payant sur la bête » pour vendre la viande ailleurs, aux grandes pirogues de passage peut être.
Arrive aussi un jeune homme habillé malgré la chaleur d’une « doudoune » qui a du être blanche, un jour, sur quelques pistes alpines, il veut aussi nous montrer ses cases et aussi ses femmes. A quelques pas, nous est offert le même spectacle au milieu d’une cour fermée d’une barrière de végétaux des « ménagères » sont occupées à la cuisine, à la vaisselle, au lavage du linge. Il nous explique que ces trois femmes sont les siennes. Une a déjà un jeune enfant assis entre ses pieds, les deux autres sont enceintes…l’intéressé semble fier de lui. Il veut nous faire un cadeau pour nous remercier de la visite et entreprend une folle course derrière un poulet qui se sauve effrayé, il finit par l’attraper au milieu de la paille d’un champ.
Il cherche du regard de quoi lier les pattes du volatile…je lui tends le morceau de ficelle que j’ai dans la poche…
Il nous faut partir, conformément à l’apprentissage par Jean-Claude aux règles de bonne conduite locales, je remets au chef des noix de cola acheté à Niamey avant le départ, il est tout heureux de ce présent et nous remercie.
Nous reprenons le large.
Les heures de l’apéro, du déjeuner, sont consacrées au même rituel que depuis notre départ, avec autant de raffinement, et nous nous y soumettons avec les mêmes plaisirs.
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Photo n° 30
La chèvre profite d’un moment de distraction des femmes, pour piocher dans la gamelle !
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« …les saintes écritures… » Photo n° 31 |
| « …le boucher passe sur sa bicyclette… » Photo n° 32 |
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Au fil du courant Jean-Claude nous raconte cette page, peu glorieuse, de notre conquête coloniale. En 1899, deux officiers français, à la tête d’une colonne d’exploration, se livrèrent dans cette même région, aux pires atrocités, sur les populations locales. Actions qui entachèrent singulièrement le crédo civilisateur de l’époque.
Il est 15 heures quand nous atteignons l’embarcadère du campement de la Tapoa, au pied du parc animalier du « W », juste avant les courbures du fleuve.
Trois pirogues aux couleurs d’offices de tourisme de Niamey sont déjà accostées. Deux garçons montent à bord de la notre, pour pousser les autres embarcations et nous permettre d’avancer plus loin dans les herbes, nous pouvons maintenant débarquer à pied sec.
Le matériel est déchargé. Un responsable des lieux nous fait visiter. C’est un campement constitué d’une vingtaine de grandes tentes blanches, carrées, disposées en cercle, sur un terrain arboré de 100 m de diamètre environ. Au milieu, un abri couvert, ombragé, offre ses tables et ses bancs. A l’écart un coin cuisine, à l’opposé, les sanitaires, simples, pratiques et propres. Chaque tente est équipée de quatre lits de camp avec matelas, draps, couvertures et moustiquaires. Un jeune couple de francophones en occupe visiblement déjà une, Helmi prendra la suivante, Hauke et moi la prochaine.
Nous embarquons à nouveau pour les méandres du fleuve qui forment à cet endroit en venant du nord comme un « W » et donne son nom au parc situé sur trois pays, le Niger, le Bénin et le Burkina Faso, vaste étendue de savane de plus d’un million d’héctares. Moussa restera là pour préparer le diner.
Le courant est rapide, les eaux remuantes, la pirogue file bon train. Soudain, là devant, à notre droite, un grand espace d’eau tourbillonnante, c’est la rivière Tapoa qui vient grossir les eaux du Niger. A sa rencontre, notre pirogue est tout à coup chahutée, un coup d’œil à Boubacar, il semble d’ébène, le regard fixé sur la rivière, les vives eaux du courant descendant heurtent notre embarcation, qui sous le coup des vagues latérales se cabre pour les surmonter, les embruns éclaboussent les matelas !
Je crus un instant que la déesse des eaux s’était fâchée contre nous pour quelques obscures raisons et qu’elle donnait là des coups dans le fond de la pirogue, mais maintenant que le laptot a réussi à contourner la force vive du courant, tout rentre dans l’ordre et nous pénétrons le premier méandre de ce « W ». Le paysage est sublime, nous voguons au gré d’un rapide courant, sur ce fleuve encaissé entre des rochers de grés jaunes surmontés par des bouquets de rôniers élancés aux touffes hirsutes et frisées comme des tignasses de folles. Là une petite crique rocheuse surplombée par quelques baobabs gigantesques.
« C’est maintenant ! » me crie Jean-Claude, effectivement les eaux sont, à cet endroit particulièrement encaissé, surplombé d’un immense rocher, à nouveau tourbillonnantes, nous sommes arrivés à la passe de Gambou.
Tout en évitant l’œil du tourbillon, le laptot s’en approche suffisamment pour que je puisse remettre l’offrande. Au péril de ma vie, mais pour la sécurité de tous, je jette loin dans l’eau une poignée de noix de cola, obole à « Diko » mère des génies qui demeure en ce lieu et à qui on doit payer notre tribu, sinon…
Nous, nous pouvons atteindre sans risque, le village de Karey-Kopto, le nom signifie écailles de crocodiles, souvenir d’un temps où les pécheurs préparaient, tant de peau de reptiles, pour les vendre, que le sol du village en était recouvert.
Photo n° 33 |
« …même accueil des gamins en délire… » |
| « …au détour d’une « rue » nous découvrons l’atelier du forgeron… » |
Photo n° 34 |
Photo n° 35 |
« …au tableau de la salle de classe « l’ordre est le plaisir de la raison, le désordre est le délice de l’imagination »….. » |
| « …Jean- Claude Berrouet grand amoureux du fleuve Niger et de ses populations en compagnie du chef Adamou Magari… » |
Photo n° 36 |
Nous voici arrivés au village, c’est le point le plus au sud sur le fleuve Niger que nous atteindrons au cours de cette descente. Même accueil des gamins en délire, trop heureux d’avoir de la visite, nous quittons la berge en leur compagnie bien sûr mais aussi sous la conduite de l’instituteur qui à la demande de Jean-Claude va nous faire l’honneur de nous ouvrir sa salle de classe. En chemin, à « un coin de rue » nous croisons le forgeron en plein travail.
Je vous laisse découvrir l’école sur la photo.
Jean-Claude a du matériel scolaire à remettre, mais tout doit être déjà remis au chef, qui redistribuera. Allons donc voir le chef !
En chemin Helmi et moi nous philosophons sur ce que pourrait être ce village avec un peu d’ordre et de propreté. Ce souci ne semble même pas être celui de l’instituteur.
Dans la cour, devant sa maison, nous sommes reçus par le chef Adamou Magari, chef d’une chefferie qui couvrent 12 villages soit environ 6000 personnes, c’est un vieil homme, il a toutefois le sourire toujours présent aux lèvres. Je me demande avec malice, si c’est de penser à sa dernière « femme », la sixième, tout juste âgée de 16 ans, épousée depuis peu. Alors qu’assis j’écoute les discours, on tire doucement mon sac par l’arrière, c’est un petit garçon aveugle qui lui aussi veut « sentir » les étrangers, je le prends par la main et l’invite au milieu du cercle…
Après les réciproques politesses d’usage, traduites par l’instituteur, la remise des médicaments pour l’infirmier qui passe deux fois par mois, la remise du matériel que Jean-Claude fait transiter diplomatiquement par les mains du chef, avant de les remettre définitivement dans celles de l’enseignant…nous regagnons notre pirogue. La lumière baisse et nous avons du chemin à faire, du chemin en remontant le courant décrit plus haut…
Il fait nuit quand nous rentrons au camp. Idrissa est arrivé avec le « 4X4 » avec un jeune guide qu’il a du embarquer à l’entrée du camp. Je m’assure que ni l’un ni l’autre ne manque de rien.
La table a été dressée, là au bord du fleuve et des bateaux, au plus près du coin cuisine. Le repas s’éternise en échanges intéressants sur notre périple, notre journée, les activités de chacun dans la vie…puis chacun se retire sous sa tente pour un repos bien mérité, la journée a été longue et bien remplie.
Une lampe tempête reste de garde devant chaque entrée, pour éloigner un éventuel fauve…
Demain nous quitterons le fleuve Niger, ses rivages et ses images belles, parfois terribles comme nous l’avons vu, mais à coup sûr, inoubliables !
Le levé est prévu à 5h45 pour un départ dans le parc à 7h, mais c’est déjà une autre histoire.
D. Delagneau – Niger Novembre 2007.
° ° °
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9, 10 et 11 novembre 2007.
Texte : Dominique Delagneau
Photos : Helmi Holzheuer photos n° 5 ; 7 ; 11 ;12 ;14.
Hauke Beonert : photos n° 6 ; 9.
D. Delagneau photos de couverture et n° 1 ;2 ;3 ;4 ;8 ;10 ;13 ;15 ;16 ;17 ;18.
Mes remerciements à Helmi et Hauke pour le prêt de leurs photos et à mon épouse, Claire Delagneau, pour la relecture du texte, son contrôle orthographique et de ponctuation.
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…Hauke est un collègue et ami allemand… …quand je lui ai proposé de découvrir le Niger, il a tout de suite accepté… |
Photo n° 1
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Jean-Claude un amoureux du fleuve Niger, passionné de la vie de ses riverains… …bonhomme sympathique et convivial |
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…Moussa chapoté de paille …. …au regard rieur. |
Photo n° 3
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…nous faisons connaissance d’ Helmi passionnée, elle, d’oiseaux rares qui nous a découverts et a pris le risque de voyager avec nous… |
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Photo n° 4
1 ére journée.
Le rendez-vous a été fixé à huit heures précises, à l’écluse de Goudel.
Le dévoué Idrissa, chauffeur du SCTIP, nous y dépose vingt minutes avant. Nous le retrouverons demain soir au campement du « W » avec le véhicule tout-terrain pour la visite du parc. Le jour est à peine levé, il fait une agréable chaleur.
Du milieu de cette nature africaine, une de mes pensées s’envole, en ce neuf novembre, pour un petit village de
Hauke est arrivé depuis une semaine, il est là pour une encore.
Hauke est un collègue et ami allemand, dont j’ai fait la connaissance pendant la coupe du monde en Allemagne. Sa bonne maîtrise de notre langue lui a valu d’accompagner le groupe de personnels français mis à disposition des autorités allemandes.
Son application à servir son institution, son intérêt pour la coopération entre nos services, l’amitié qu’il voue à notre Pays, son goût pour les voyages et sa saine curiosité pour l’étranger nous ont rapprochés, malgré la différence d’âge.
Quand je l’ai invité à venir découvrir le Niger, il a tout de suite accepté.
Les « rebelles » nous privant d’une sereine excursion au Nord, j’ai choisi de « descendre » le fleuve Niger à partir de Niamey, jusqu’au parc du « W », ce qui devrait nous promettre des découverte « non stop » !
Pour cela, il a été fait appel aux services de « Jean-Claude ». Jean-Claude, compatriote amoureux de l’Afrique, qu’il a servi un temps sous la bannière de la coopération française, s’est installé à Niamey pour y vivre sa retraite. Malgré les ans, il reste actif comme un jeune homme, il a ouvert un restaurant sous les manguiers, en pleine nature, sur la rive droite du fleuve, en amont de la capitale.
Le bonhomme est convivial et sympathique et c’est bien volontiers qu’il accepte de partager ses larges connaissances du Niger et de son histoire, l’amour qu’il porte au fleuve et à ses riverains avec ceux qui veulent bien, un moment, approcher à leur tour, toutes (ses) ces richesses. Il n’a pas besoin de site internet ou même de brochures publicitaires pour remplir son carnet de commandes, il n’en voudrait pas, le bouche-à-oreille ou sa version locale, le « tam-tam » des « blancs » fonctionne parfaitement.
Un petit point, là bas, au loin sur les larges eaux boueuses du fleuve encadrées de verdure. Mes jumelles ! Oui c’est bien sa pirogue, je la reconnais pour y être déjà monté, il est à l’heure ! Il me semble déjà vivre une aventure rocambolesque ou le « héros », après son coup d’éclat, attend, dans un coin de brousse, d’être récupéré par les siens.
La barque passe l’écluse et ses eaux vives, un peu plus en aval, s’enfonce le nez dans les hautes herbes. Il nous faut utiliser une embarcation plus petite pour rejoindre le « navire amiral ».
C’est une grande barque d’environ
Le fond est recouvert d’un caillebotis sur lequel sont installés d’épais matelas de mousse habillés de toile rouge qui serviront pour la nuit.
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Photo n° 5 …notre vaisseau amiral… Une longue pirogue de |
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Photo n° 6 …d’épais matelas de mousse nous permettent d’admirer le paysage, installés comme des « rois fainéants »…. |
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Photo n° 7 …Boubacar vêtu de son anorak et de son bonnet …pour être né sur ses rivages, il connaît le fleuve comme sa poche… |
C’est sur celui du milieu, confortablement installée que se trouve déjà notre compagne de voyage, Helmi Holzheuer, de nationalité allemande, épouse de diplomate, qui a profité du périple organisé, pour partir aussi à l’aventure, elle a embarqué un peu plus haut, au départ du « club des manguiers ». Nous faisons connaissance. Les échanges se feront principalement en allemand et en français car la dame maitrise également très correctement notre langue. Après avoir calé nos sacs et installé nos appareils photos à portée de mains, nous prenons à notre tour, place sur les matelas encore libres, Hauke au fond, moi, plus à l’avant, encadrant ainsi Helmi. Les espaces arrière sont déjà remplis de divers matériels utiles pour le campement, de sacs et de glacières contenant à coup sûr les provisions des trois jours à venir.
En plus du « patron », l’équipage se compose de Boubacar le chef « laptot », le chef pilote, il se tient à l’arrière du bateau, il tient le moteur et le gouvernail, homme d’un certain âge, malgré la chaleur matinale, il est vêtu d’un anorak épais et d’un bonnet comme un de nos vrais marins bretons. Né dans un village riverain du fleuve, c’est son monde à lui, il n’a connu que celui-là, il ne parle pas français, aussi, je renonce à regret, à le lui faire raconter.. Jean-Claude me confirme qu’il connaît le fleuve, comme sa poche, pour l’avoir sillonné moult fois et en toutes saisons. Dans les circonstances présentes ses précieuses connaissances fluviales valent mieux qu’une maîtrise de la langue de Molière…
Moussa, plus jeune, filiforme, j’ai du mal à lui donner un âge, souriant complète l’équipe, chapoté de paille il s’est installé, assis en tailleur à l’avant. Comme une figure de proue, il nous tourne le dos et semble figé, la tête fixée vers les eaux. Pourtant, il plonge les mains dans un seau de ferraille, d’où s’échappent quelques fines volutes de fumée, parfois il écarte les bras et ses doigts s’agitent comme pour les dégourdir. Prière, incantation de protection au Dieu du fleuve ?? Il me faut un moment d’observation, pour comprendre qu’en réalité, tel un sémaphore, il fait des signes convenus, au laptot pilote, pour lui indiquer l’état de l’eau ou la profondeur du chenal suivi et que ce dernier, puisse rectifier éventuellement la vitesse et la direction du bateau pour éviter l’échouage.
Le moteur n’est pas bruyant et dans le courant, semble suffisamment puissant. Notre embarcation file bon train sur cette partie nigérienne du fleuve. Long de 4200kms, le Niger prend sa source en Guinée au mont Fouta-Djalon, traverse le pays auquel il donne son nom, sur 500kms dont nos comptons bien en parcourir 180, et continue sa course à travers le Nigéria pour se jeter dans l’océan Atlantique.
L’aventure, la vraie avec un grand « A » peut commencer, enfin, va commencer….
Nous sommes encore au milieu de la « civilisation ».
Niamey se réveille dans un nuage de poussière et de fumée. La saison d’hivernage a débuté. Avec elle est arrivé, l’harmattan, ce vent descendu du Sahara, qui entraîne avec lui une fine poussière de sable dont j’ai déjà décrit les méfaits sur les êtres et le matériel. De plus les citadins et les villageois de la périphérie de la capitale brûlent le soir leurs ordures ménagères, la chaleur bloque la fumée, qui s’étale en nappes d’un brouillard bleuté sur la surface paisible du fleuve, et qu’aucun souffle nocturne ne vient chasser.
Sur les hauteurs, le palais présidentiel est déjà illuminé par le soleil naissant à l’est, la somptueuse demeure se détache de son écrin de verdure, plus loin les hôtels et immeubles du centre ville semblent s’être étalés juste à la sortie du pont Kennedy, dont nous passons déjà les arches de béton. A notre droite, au pied du pont, rive droite, des hommes courent et s’interpellent sur une mer de potirons, qu’ils débarquent d’immenses pirogues colorées venues du Bénin voisin. Le regard se porte à nouveau sur la rive gauche pour un dernier coup
d’œil à la corniche Gamkallé.
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Photo n° 08 …les hommes courent et s’interpellent sur une mer de potirons, qu’ils débarquent d’immenses pirogues colorées venues du Bénin voisin, et destinés au marché local… |
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Photo n° 09 …un dernier coup d’œil à la corniche Gamkallé………bientôt nous quitterons la « civilisation »… |
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Photo n° 10 ….sur leur minuscule pirogue les pêcheurs se livrent à leur activité…. |
Je fais remarquer à Hauke, tout là-haut la plate forme, celle du restaurant où hier soir encore, nous sirotions une « Flag » bien fraîche !
Bientôt l’habitat se fait rare, outre les jardins et quelques lignes téléphoniques qui courent le long du rivage, les signes de civilisation s’estompent, avec elle ses méfaits, l’air devient plus clair, les couleurs plus vraies, les bruits plus naturels, les chants d’oiseaux sont perceptibles, enfin la « Nature » ! Poussés par le doux ronronnement du moteur, nous nous enfonçons presque en silence dans le « sauvage »….
Plus personne ne parle à bord, tout est calme et tranquille autour de nous, l’étrave de la pirogue fend l’eau en silence, chacun de nous est comme fasciné par cet environnement en mouvement, les rives s’étalent en un dégradé de couleurs, du vert assuré des rizières jusqu’à l’ocre des collines. La poussière, la fumée, ont disparu, loin de la grouillante agitation des masses humaines, l’air s’est purifié encore, le soleil s’est élevé dans un ciel azur, mais l’eau, toujours fraîche de la nuit, tempère ses ardeurs, il fait agréablement frais sur cette pirogue. Allongés comme des « rois fainéants » sur nos matelas, nous profitons dans les meilleures conditions, pleinement du tableau offert à nos yeux que seules quelques aigrettes blanches viennent rayer de leur vol glissant.
Personne ne semble vouloir rompre le charme, pas une parole, pas un mot …mais si Moussa ose !
Pour lui, vieil habitué du fleuve, le charme n’opère plus comme sur les profanes que nous sommes, et de plus, c’est pour une bonne cause.
Galant, il propose en premier à la dame, en lui tendant un petit verre rempli : « Du thé ? »
« Le premier est amer comme la mort, le second est dur comme la vie et le troisième est sucré comme l’amour » ajoute-t-il, en souriant malicieusement.
C’était là, l’explication ! Il avait installé au fond du seau, pour le protéger de l’air trop vif de l’étrave, son brûlot, fils de fer torsadés sur lequel se consument, incandescents, de petits morceaux de charbon de bois, où va bouillir l’eau de la théière. Thé, sucre, versés plusieurs fois du verre à la théière et de la théière au verre, dans un geste de levée, de versement, sûr et précis. Chacun d’entre nous se soumet avec plaisir, au rituel des trois thés.
La largeur du fleuve varie entre 200 et 300m entre août et septembre. Durant la saison des pluies de juillet à octobre, cette largeur peut atteindre 1km, c’est la première crue. L’eau tombée dans son cours supérieur, Guinée et Mali parvient au Niger à partir de fin novembre, provoque parfois une seconde crue, ce ne devrait pas être le cas cette année qui semble déficitaire en pluie. Mais ce n’est pas encore l’étiage est la navigation est aisée.
Cette bande de terre fertile et bien arrosée tout au long du fleuve, que nous suivront partiellement, est le seul véritable réservoir de richesses du pays en matières, d’agriculture, d’élevage, de pêche et de chasse. Même si ce n’est pas l’abondance, les populations riveraines y vivent plus à l’aise qu’ailleurs sur le territoire, « les peuls sont venus s’y fixer en raison de la richesse des pâturages » me confirme Jean-Claude.
Voici plus de deux heures que nous naviguons, le thé est passé…et Jean-Claude nous propose un arrêt physiologique. Il connaît bien les besoins de ses clients…. Un signe au laptot et la barque se dirige vers une berge de la rive gauche au niveau du village de Kolo.
On représente parfois le paradis par un bel endroit bordé d’une rivière, tapissé de tendre verdure, piqueté de fleurs blanches, le tout inondé d’une douce lumière où
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Photo n° 11
…un bel endroit bordé d’une rivière, tapissé de tendre verdure, piqueté de fleurs blanches ou s’égaieraient des oiseaux de toutes sortes….
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Photo n° 12
…et même des aventuriers !
s’égaieraient des libellules bleutées et des oiseaux multicolores…sur un fond musical offert par les criquets, eh bien ! Nous y sommes arrivés.
Je ne peux pas m’empêcher de laisser échapper : « C’est l’Afrique que j’aime ! », je vois à leurs yeux émerveillés, qu’ils partagent la même émotion.
Bientôt nous pouvons repartir, à regret. La rive s’écarte de nous, comme si nous ne méritions pas ce paradis, dérivant à la surface des eaux. Je fixe cette image paradisiaque, je ne suis pas certain d’en revoir une jamais !
Seule ombre à notre arrêt, cet abri en contre bas d’une digue, d’où sortent de gros tuyaux plongeant dans l’eau du fleuve. Nous nous approchons Hauke et moi, ah, ces deux là, curieux de tout ! Par les interstices d’une porte de fer, nous apercevevons une grosse pompe avec une plaque écrite en japonais vraisemblablement. L’état de rouille de l’engin nous indique qu’elle ne fonctionne plus depuis longtemps. Interrogé Jean-Claude nous confirme :
« C’est un cadeau de la coopération japonaise pour l’irrigation, mais faute de moyens les paysans n’ont pas pu l’entretenir correctement et la première panne lui a été fatale, ils ont du reprendre l’âne et le bidon… » Je laisse le lecteur libre de toute réflexion….
A nouveau notre pirogue file, bonne allure au gré du courant et le paysage défile varié, changeant dans la lumière du soleil déjà haut, jamais ennuyeux. Le fleuve et les berges se sont animés. Nous croisons des pécheurs se livrant à leur activité à bord de leur minuscule pirogue.
De plus grosses embarcations commerciales identiques à celles rencontrées au pont de Niamey, venant du Bénin, remplies de toutes sortes de marchandises ou même de familles entières se déplaçant le long du fleuve sans soucis des frontières à la recherche d’un « meilleur vivre ». Notre laptot est hélé, salué « Lamparo ! Lamparo ! » C’est son surnom, cela veut dire « petit tonneau », sobriquet hérité du physique paternel. Il connaît tout le monde sur le fleuve et tout le monde le connaît, il est interpellé sur le devenir d’un tel, apprendre si nous avons déjà rencontré tel autre. Les nouvelles s’échangent au cours de ces rencontres furtives, plus surement que par une poste inexistante. Sur les rives, des hommes s’activent dans les jardins ou les plantations. Des femmes courbées ou à genoux, agitent leur linge dans le courant ou frottent de grosses marmites noircies. Une nuée de gamins nus les entourent, qui ne manquent pas de nous saluer, de nous crier des « bonjour ». Leurs voix juvéniles ricochent sur l’onde, ils accompagnent un moment notre course, pendant que leurs aînés nagent et plongent au milieu des animaux qu’ils ont conduits ici, pour les abreuver. Le fleuve est lieu de vie, de communication et d’échanges.
Nous nous dirigeons vers Say, prononcez « Saille ». Helmi qui parle bien français donc et connaît notre pays, ne manque pas de faire le jeu de mot avec la ville du « Roi Soleil », alors que nous sommes à proximité de cette ville marché.
A peine accostés, nous sommes encerclés, par une même nuée de gamins morveux, en haillons, qui mendient, quémandent ce que nous aurions à offrir : « Cadeau ! Cadeau ! ». Depuis le début de mon séjour, je suis toujours désolé de constater que c’est un des rares mots qu’ils connaissent de notre langue. Ils le clament sans l’entourer de ces moindres compléments de politesse, enseignés dés notre plus jeune âge, à accompagner toute demande, comme si notre culture ne leur avait appris qu’à recevoir impérativement et gracieusement !
Il est vrai que pour ces populations, que leurs dirigeants laissent démunis, nous apparaissons comme des nantis. L’éducation et la politesse doivent être aussi des richesses inaccessibles pour eux. Il est clair que ce ne sont pas là, des qualités innées et dont on les prive également.
A coté de nous se déroule une autre scène extraordinaire. Un groupe d’une douzaine d’hommes, torse nu, la peau luisante de sueur sous le soleil de midi, dans l’eau jusqu’à la ceinture, tentent de hisser sur une énorme pirogue, par l’avant une vielle fourgonnette « Peugeot », engagée dans l’élément liquide jusqu’aux portières. Cinq ou six autres, attendent sur le rebord de l’embarcation que le véhicule arrive à bonne hauteur pour le saisir. Plusieurs tentatives restent vaines pour soulever l’engin, qui compte tenu de son état de délabrement pourrait se rompre en deux à tout moment au risque d’éventrer quelques porteurs.
Je me mêle de l’affaire et leur conseille de tenter de la soulever par l’arrière, moins lourd, elle basculera ensuite plus aisément. Un, traduit mes propos, après quelques minutes de palabres, le groupe acquiesce. La voiture est retournée, la manœuvre reprend. Si maintenant elle est presque à la verticale du bord, elle n’est pas encore embarquée …devant cette scène surréaliste, Helmi doute de l’issue heureuse de la manœuvre.
Nous ne saurons pas, nous devons reprendre le large…après que Jean-Claude ait salué et gratifié les autorités locales comme il se doit.
Nous reprenons notre « route » le soleil est maintenant au zénith. Le laptot opte pour le coté droit du fleuve, les eaux calmes, s’étalent paresseusement dans une plaine immense, vaste dépression, elles semblent peu profondes. Il faut toute la science d’un laptot chevronné, guidé par les signes de Moussa, pour trouver le meilleur chenal.
De loin on aperçoit des villages qui forment à la surface des eaux comme des ilots de paille, de terre séchée, d’argile ocreuse ou grise où s’agitent de petits personnages au bord de la rivière accompagnés d’animaux.
Voici une bonne demi-heure que nous avons passé le village de Doguel Kena, peuplé d’environ 700 âmes zarma, construit autour d’une source d’eau potable, précieux élément de vie. Quant à nous, à bord, nous devons boire aussi ! Jean-Claude a tout prévu, « C’est l’heure ! » dit-il, en sortant de la réserve, une bouteille de fine anisette de Marseille, qui allongée d’eau fraîche, rafraichie encore de glaçons, accompagnée de cacahuètes et de pralines nous fait un merveilleux apéro désaltérant auquel l’endroit et l’instant donne un charme tout à fait exceptionnel. Mêmes mes amis allemands n’y dérogent pas pour une bière ! « Elle ’est pas belle la vie !! »
Il est maintenant presque 13 heures, le « capitaine » donne à l’équipage les instructions nécessaires à la recherche d’un endroit pour déjeuner…
Là, une berge de la rive droite, en pente douce, semble nous attendre, verdoyante, souriante, accueillante. Nous avons parcouru plus de 100 kms depuis le départ de Niamey. Dans un bruissement d’herbe froissée, la pirogue s’immobilise sur la rive. Moussa a déjà sauté, enfoncé le piquet et amarré notre vaisseau.
Les trois voyageurs mettent le pied sur cette terre vierge, un peu comme Christophe Colomb aux Amériques, si, si !! …..Ah non ! Un peu plus loin, nous découvrons des traces de pas dans la terre meuble, et des bouses de vaches séchées, tant pis ! L’endroit est beau !
Il s’agit d’une petite clairière herbeuse d’un vert tendre encerclé par de gigantesques acacias aux feuillages épais qui nous assurent une ombre rafraichissante et où se disputent des merles métalliques à longue queue, accompagnés dans leur ronde bruyante, dans les étages inférieurs par de minuscules petits oiseaux rouges.
Après avoir aidé l’équipage à décharger le matériel nécessaire à la préparation du déjeuner, « risque-tout » jusqu’au bout, Hauke et moi nous partons à l’exploration du lieu.
Derrière le rideau des épineux, s’étalent d’autres arbres plus malingres, qui s’estompent bien vite pour laisser la place à une savane aux hautes herbes encore vives, vite nous pataugeons dans un marigot laissé par les dernières pluies, désespérés nous ne rencontrons aucun crocodile, aucun lion. Au-delà, une piste poussiéreuse où passe un troupeau de bovins nonchalants conduits par un gamin, qui déjà, nous fait des grands signes avant de disparaître derrière ses bêtes.
Quand nous retrouvons la clairière, c’est un véritable ravissement !
Dans ce « trou de verdure » ombragé, aéré, frais, où chante en toile de fond le fleuve Niger tout illuminé du soleil méridien, « accrochant follement aux herbes, des haillons d’argent », une table disposée sur une immense natte, nappée de blanc aux couverts harmonieusement disposés est dressée pour quatre convives. Rien ne manque, pas même la corbeille de pain ou les serviettes de papier délicatement pliées. « C’est tout l’art de la table à la française ! » déclare Helmi.
Le repas servi, est à la hauteur de la préparation du couvert et du décor. Salade de riz au thon, agrémentée d’olives vertes et noires, gigot d’agneau aux pommes de terre, fromage et ananas en dessert, le tout arrosé d’un bordeaux. Repas dégusté dans un concert d’oiseaux et les riches explications de Jean-Claude sur la vie du fleuve, tout cela sans un moustique !
Conformément à mes habitudes africaines à la suite de ce bon repas, j’opterai bien volontiers pour une sieste, là, à l’ombre, sur l’herbe tendre, mais il faut ranger et repartir nous avons encore du chemin à parcourir. Tant pis je la ferai sur le bateau !
… enfoncé dans la mousse du matelas, le chapeau rabattu sur les yeux, bercé par le ronronnement du moteur, à l’ombre du toit de bambou, je me prive à regret mais volontairement du spectacle mouvant de la vie du fleuve à laquelle chaque heure nous réserve ses surprises, mais c’est pour mieux l’apprécier encore d’ici un moment….je ne suis pas le seul à penser et agir ainsi…
Pour ne perdre que le minimum toutefois, le cerveau privé de stimulations visuelles dans la somnolence, je profite au maximum de toutes ses fraîches senteurs que la barque glane tout au long du courant, de tous ces sons mélangés, diffus, provenant des berges vivantes, sous la chaleur de ce début d’après-midi, que j’entends avec plus d’acuité encore.
Il est 16h30 quand nous abordons l’île de « Koungou Bi » « l’ile noire » et elle porte bien son nom ! Elle est peuplée par des « saisonniers » haoussa.
Comme à l’habitude nous sommes accueillis par une douzaine de gamins qui nous ont repérés de loin. Les plus jeunes sont nus, le ventre gonflé, quelques gamines sont vêtues de hardes. Une, sort du lot, plus espiègle, elle peut avoir dix ans comme quinze, elle est habillée d’un long maillot orange, d’un short crasseux qui a du être bleu, duquel sort deux jambes sales, trop maigres, couvertes de croûtes, elle est coiffée d’une casquette publicitaire, sur laquelle on devine à peine les couleurs d’une chaîne de magasins d’alimentation français. Un instant, j’imagine ce dernier objet, jeté d’une voiture colorée, du tour de France dans un virage de l’Alpe d’Huez, et arrivé là dans les bagages d’un touriste…. ici c’est un autre monde qui nous attend…
L’espiègle s’accroche aussitôt à la main d’Hauke, comme le ferait une naufragée, à une bouée salvatrice qui passe à sa portée. Quelques femmes viennent déjà à notre rencontre…à peine ais je saluer l’une d’entre elles, un bébé sur le dos, qu’elle desserre son boubou sans couleur, dénude sa poitrine, soulève son sein droit et me présente deux grandes plaies purulentes.
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« l’espiègle naufragée » s’accroche à la main d’Hauke comme à une bouée salvatrice qui passerait à sa portée…. |
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….un gamin morveux, d’une main, racle avec application les dernières traces blanchâtres d’une bouillie de mil, au fond d’une marmite aussi ventrue que lui, de l’autre main chasse les mouches… |
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Photos n° 15 et 16 …même la nature s’y perd, deux arbres sont enchâssés l’un dans l’autre formant une curieuse composition surnaturelle |
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Comme pour l’excuser Jean-Claude se sent obligé de m’expliquer : « Tu sais pour eux tous les blancs sont docteurs et comme ici il n’y a aucun soin possible, aucun médecin. Je rêve d’équiper une pirogue-ambulance, avec ne serait-ce, qu’un infirmier à bord, pour un passage mensuel, mais je n’en ai pas les moyens, il aurait pourtant du travail ! ».
Tout ce petit monde de gueux, veut nous faire l’honneur de leur « village », en réalité quelques cases de banco de forme rectangulaire, placées de ci, de là, sans ordre apparent au milieu desquelles s’égayent des poules et leurs poussins, grattant rageusement la terre et les immondices, à la recherche, elles aussi, de leur pitance. Là des chèvres grignotent des tiges de mil desséchées tout en crottant au milieu des maisons. Là encore un gamin, sale comme les autres, assis dans la poussière, le nez morveux, racle avec application de sa menotte, les dernières traces d’une bouillie blanchâtre au fond d’une marmite aussi noire, aussi ventrue que lui. Son autre main tente de chasser les mouches qui veulent aussi leur part du festin.
Me reviennent devant les yeux, l’image d’un village gaulois de mon livre d’histoire…c’est bien de cela qu’il s’agit, nous avons fait un bon de plus de vingt siècles en arrière…. Vingt et un siècles de civilisation effacés tout simplement !
« De notre temps, la seule querelle qui vaille est celle de l’homme, c’est l’homme qu’il s’agit de sauver, de faire vivre et de développer. » Ah, pourquoi, chaque nation, n’a pas eu la chance d’avoir ses « Grands Hommes » soucieux de liberté, d’indépendance, de fierté pour leur Pays et ses immédiats corollaires, sans lesquels les premiers ne valent rien, développement et bien être de leurs compatriotes ??
Même la nature s’y perd, l’espiègle veut nous le montrer. Elle nous entraîne à la pointe de l’île, là deux arbres, un palmier et un caïcedra sont enchâssés l’un dans l’autre, leurs racines intimement liées. La cime du palmier dépassant par son milieu le feuillage de l’autre, forme une curieuse construction surnaturelle.
Nous nous étonnons de l’absence totale d’hommes. « C’est vendredi, jour de prière, les hommes sont partis à la mosquée du village sur la rive pour prier, les femmes restent avec les enfants. » nous explique Moussa. Que peuvent bien demander ces hommes, dans leurs prières à leur Dieu ? Je serai curieux de le savoir.
Il est temps de regagner la plage et notre embarcation, toute la communauté nous suit. Une femme tient un minuscule bébé dans les bras et nous regarde partir, d’un regard éteint, vide, une gamine s’appuie entre ses jambes, elle aussi, tient dans ses bras un enfant plus maigre encore. Devant nos yeux étonnés, interrogateurs, Moussa nous explique à nouveau. « La mère a eu des jumeaux, un garçon, une fille. Elle n’a pas assez de lait pour nourrir les deux enfants. La petite fille plus forte est nourrie, l’autre sera mort dans quelques jours ! » …
Helmi est visiblement choquée et l’exprime….Hauke plus stoïque ne dit rien, je l’interroge du regard, il soulève les sourcils, son visage se barre d’un rictus ! Si dans notre métier nous avons souvent rencontré la souffrance humaine, il exprime là, notre commune incompréhension, révolte à laisser ces gens vivre dans de telles conditions de dénuement à quelques encablures du luxe d’un palais, du gâchis des dirigeants et peut être plus encore de notre propre impuissance à leur venir en aide….
Ce matin nous avons approché le paradis, là nous quittons son contraire.
La « naufragée espiègle » lâche la main, à laquelle est s’est agrippée, jusqu’à la dernière seconde… A nouveau la rive s’écarte, les fantômes humains s’éloignent sans marcher comme s’ils dérivaient à la surface de leur misère, c’est nous qui nous éloignons d’eux, impuissants, les laissant à leur sort !
« Je suis choquée ! » répète Helmi en français et cela se voit dans ses yeux. Elle exprime son étonnement à ne pas tirer plus de ressources de la rivière proche, son étonnement
au manque d’un minimum d’hygiène. Jean-Claude tente d’expliquer les inexplicables méandres de la société africaine qui nous apparaissent être en fait, des barrières au développement humain.
La barque glisse à nouveau, en silence, sur le fleuve.
Bientôt le soleil descend à l’horizon, « c’est l’heure où les ombres s’allongent ».
Un nouveau spectacle nous est offert, plein de clair-obscures et de couleurs rouge et feu. L’air se rafraichit, les oiseaux passent en plus grand nombre encore au dessus du fleuve pour le traverser ou bien suivre son cours, en nous dépassant comme pour nous précéder dans la recherche d’un asile nocturne, quelques hérons cendrés choisissent de disparaître déjà dans les hautes herbes protectrices de la berge…
« Encore un peu et on s’arrêtera camper. » déclare le « capitaine ».
Il est 18h30 quand nous abordons la rive droite à 3kms environ en aval d’un village nommé Guémé. Nous sommes à environ 140 kms de Niamey.
Nous déchargeons le matériel, mais sommes obligés, quelques instants plus tard de le déplacer à nouveau, car plus loin l’endroit se prête encore plus aisément au bivouac.
C’est une clairière herbeuse bordée d’acacias et de caïcedras, adossée à une butte de rochers gréseux dont les derniers rayons du soleil couchant soulignent toute la palette des jaunes et ocre. Sur la crête, nous dominant de leur masse, s’élèvent trois énormes baobabs qui découpent leurs impressionnantes silhouettes dans le ciel rougeoyant.
Il fait nuit quand nous finissons de monter les tentes. Pendant ce temps Moussa a installé la douche, dont profite déjà Helmi. La table est aussi dressée, avec la même application, les mêmes soins que ce midi, le repas est de même qualité, nous en profitons, à peine gênés par les éphémères, qui, attirés par la lumière des bougies, s’y brûlent les ailes.
Après une longue discussion sur notre visite à l’île noire, les mœurs africaines et religieuses du pays chacun se salue et gagne son abri de toile.
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…Un jeune curieux a accosté sa pirogue et observe quelques instants le campement des blancs, avant de disparaître, sans mot dire, en silence dans la nuit, comme il est venu….. |
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Photo n° 17
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Bercés par les croassements des batraciens « qui ne s’arrêtent qu’à onze heures » précise Jean-Claude, chacun s’endort avec devant les yeux les belles et les terribles images de la journée. …demain sera un autre jour ! |
Photo n° 18
A suivre….
Traduction de l’anglais par Dominique Delagneau.

1ére partie.
Voyager en Afrique de l’Ouest peut être tranquille tant qu’il n’y a pas de risque.
Cela demande, des nerfs, du matériel et un peu d’organisation pour explorer la zone sub-sahélienne du Niger après la capitale, Niamey.
A partir du moment, ou vous quitter la zone relativement confortable de la ville, pour un tour sur le fleuve, il ne faut plus compter sur aucun médecin, aucune pharmacie, aucun garage ou commerces et même plus d’eau potable.
Jean-Claude Berrouet, français d’origine, qui a fait de Niamey son havre de retraite, est vraiment l’homme idéal pour organiser un « safari rivière-parc du W ».
En cela, j’ai vraiment été chanceuse d’entendre parler des excursions de Jean-Claude sur la rivière, car il ne fait pas de publicité, ni à Niamey ni ailleurs. Le « bouches à oreilles » fonctionne, ici en Afrique, miraculeusement bien. Tout est parti d’un message téléphonique d’un ami, me demandant si je voulais me joindre à un duo de touristes partant pour deux jours de pirogue sur le Niger, jusqu’au Parc National du W.
Comme vous pouvez vous y attendre, j’ai sauté sur l’opportunité, j’ai juste lu quelques articles intéressants de Joost Brower, scientifique et fondateur de la base de données sur les oiseaux au Niger. (www.birdlife.org.uk).
Plus particulièrement des articles de Brower dans le guide touristique « Bradt » (le premier guide en anglais sur le Niger paru en 2006) relatifs à la vie des oiseaux au Niger a retenu toute mon attention.
Ses connaissances sur la biodiversité du Niger, agriculture et les conséquences pour l’environnement ont aiguisé mon appétit pour une aventure qui promettait des campements en pleine nature, l’exploration de villages, et plus important encore, l’observation et la découverte d’une vie animale riche et variée sur l’unique territoire qui s’étend le long du fleuve Niger.
(Photo D. Delagneau)
Moussa …..au sourire charmeur
Notre groupe sur le vaisseau était varié et coloré. Bien sur il y avait notre guide, Jean-Claude, un homme d’un grand charme, plein de ressource et expert en toutes choses de la vie du fleuve, mes autres compagnons de voyage, Dominique Delagneau qui travaille à Niamey et un de ses amis Hauke un jeune allemand.
Nous, étrangers, « les blancs » comme nous sommes dénommés ici, nous étions suppléés par l’équipage local : Moussa, un jeune homme aux multiples talents et le pilote du bateau. Les deux hommes, enfants du pays l’un jeune, l’autre plus âgé certainement nés le long du fleuve.

Notre pirogue, une large embarcation faite de planches incurvées était équipée de matelas et de confortables coussins. Chaque espace disponible derrière nos « lits de jours » était occupé par les provisions utiles aux repas des deux prochains jours. Un toit de bambou nous protégeait contre les ardents rayons du soleil nigérien.
Peu de temps après avoir quitté la rive de la mangerai, nous passons une ile près du pont Kennedy à Niamey, où dans le passé les crocodiles étaient adorés
Moussa nous sert alors de petits verres d’un thé fumant. « Vous voulez du thé Madame ? Le premier est amer comme la mort, le second dur comme la vie, le troisième sucré comme l’amour » dit il avec son sourire charmeur.
Par instants, des images me replongent dans le passé, au temps des véritables explorateurs de l’Afrique. Je pense à Stanley et au Dr Livingstone qui eux-mêmes ne se sont pas dépensés plus physiquement
A moitié couché sur nos coussins, nous pouvons observer de façon idéale les activités sur et le long des bords du fleuve : les pêcheurs à bord de petites pirogues exerçant leur activité, des jardiniers arrosant leurs légumes, hommes et femmes lavant leurs linges et des enfants jouant ou pataugeant dans l’eau fraiche.
Nous croisons de larges embarcations commerciales débordantes de potirons de toutes tailles et de toutes formes, leurs jaunes peaux lisses reluisent dans la lumière du petit matin. Elles glissent vers quelques marchés.
A bonne allure, notre pirogue file dans le courant. Nous passons la rayonnante résidence blanche du président, la corniche Gamkalley, nous y avons quasiment trouvé une maison d’où nous pouvons apercevoir la rivière. Je fais des signes d’au revoir au « Grand Hôtel du Niger » et bientôt nous laissons la civilisation derrière nous.
2éme partie.
Je connais des dames qui auraient préféré prendre le risque de désagrément pour elles mêmes, plutôt que de demander un arrêt toilette. Jean-Claude a anticipé nos besoins.
Nous étions maintenant au milieu de la matinée quand il a demandé à notre pilote de gagner le rivage. Nous stoppons dans un endroit magique.
J’en oublierai presque mon souhait de retrouver l’intimité de ma salle de bains du Grand Hôtel, devant cette vue merveilleuse qui s’offre à mes yeux. Des nénuphars miroitent dans la brume et la chaleur d’un magnifique ciel bleu.
J’ai soudainement ressenti une forte chaleur, mais dans ce climat sec du Niger, la sueur s’évapore avant même d’avoir atteint les pores de la peau.
Alors que je partais prendre « la position du yoga », à l’égard de toute vue, derrière le tronc d’un épineux acacia, un groupe d’aigrettes blanches se posa juste à ma droite.
Des oiseaux d’eau de toutes sortes, des plumiers, des martins-pécheurs, des hérons, sont posés sur cette verte prairie attirante et se rassasient des millions d’insectes qui y pullulent. Mes compagnons sont affairés à prendre des phots avec leurs appareils numériques.
De rouge et luisantes libellules tourbillonnent au dessus de ce monde aquatique, si nombreux, que j’ai du mal à choisir la meilleure photo à prendre.
« Hauke et Dominique, mes compagnons de voyage »
« C’est l’Afrique que j’aime » soupire Dominique, nous partageons tous son émotion.
Peu après, à contre cœur, nous quittons ce paradis pour poursuivre notre périple en direction de Say. C’est ici dans cette ville-marché que ce termine « le goudron » venu de Niamey.
Immédiatement après notre arrivée au débarcadère de Say nous sommes encerclés par une bande de gamins à moitié nus, vêtus de haillons. De petits enfants, le visage barrés de morve mendient ce que nous avons à offrir ; leurs voix stridentes résonnent autour de nous « Cadeau !, cadeau ! »
« Non, la vielle « Peugeot » ne traversera pas le fleuve !! »
A coté de notre pirogue une douzaine de jeunes hommes, leur peau reluisant dans la rude lumière du soleil, essaient de charger une lourde et vielle 404 à plateau sur une barge. Il est clair qu’aucun d’eux n’a la moindre idée de la façon de s’y prendre. Après quelques essais, saisissant le véhicule par les montants au risque pour quelques uns de se faire éventrer, ils semblent convenir que le véhicule est trop lourd pour être monté sur la barge.
Mes compagnons n’en croient pas leurs yeux. Malheureusement nous sommes pressés.je serais bien surprise si d’une façon ou d’une autre ils y arrivent aujourd’hui.
3éme partie.
Se détacher d’un monde anglophone pour s’assimiler à un monde de culture française ne se fait pas en un jour. Parfois, j’ai du mal à suivre les connaissances encyclopédiques de Jean-Claude sur les multitudes tribulations de la vie et du commerce le long de ce fleuve admirable. Juste à propos Dominique parle couramment allemand.
« Bon…… » Je pensais et souriais à Jean-Claude pour notre prochain arrêt.
C’était l’heure du déjeuner et nous avons droit à un rafraichissant verre de fine pastis à bord.
Moussa et notre pilote ont déchargé table, chaises, nappe, verres et couverts. Nous étions prêts pour le déjeuner, et en plus, dans le plus pur style français.
Notre lieu de pique-nique était un endroit idyllique et la scène magique, l’endroit est ceinturé par d’épineux et verts d’acacias avec leurs plumets de feuilles vert sombre et les immenses « pieds de chameau » pleins de gousses sèches. Des amarantes et des merles métalliques à longue queue virevoltent partout dans les buissons environnants.
Derrière nous des roches de latérites rouges nous masquent les champs de mil.. Plusieurs énormes baobabs s’élèvent magistralement sur la crête des rochers et leurs larges branches et leurs fruits se découpent dans sur le gris du ciel.
Le thermomètre doit indiquer plus de 35°, mais à l’ombre des grands arbres à coté de la rivière, il fait délicieusement frais, et il n’y a aucun moustique.
Les villages.
1ére partie.
Après le déjeuner nous continuons la descente du courant, notre pilote, savamment, recherche les eaux les plus profonds en évitant les perfides turbulences. Aussi loin que je puisse voir sur les rives, je constate la sévère dégradation causée par l’exploitation rurale des populations et les grands troupeaux des éleveurs de zébus, d’ânes, de chèvres et de chameaux.
Bon, maintenant nous avons parcouru peut être, 60 ou 80 kms depuis Niamey. Kilomètre après kilomètre cette étroite bande de terre fertile s’étend de façon continue jusqu’à l’horizon.
Comme des mirages, de pittoresques images défilent et disparaissent devant mes yeux, des huttes de paille et de terre séchée, des hordes d’enfants courant en rangs serrés, de larges pinasses, les grands frères des pirogues, pleines de marchandises de toutes sortes et de nombreuses familles à bord, de passionnantes variétés d’oiseaux , d’arbres et d’arbrisseaux.
Notre prochaine étape est un petit village sur une île, et le monde change d’un coup! Je me sens comme un voyageur du temps qui aurait fait un saut en arrière. Une horde d’enfants sales, parmi eux, un « titi » local se détache du lot avec son blouson fourré rouge, il nous salue avec le plus grand enthousiasme.
Des gamines sales nous encerclent, deux d’entre elles portent de minuscules bébés. Les visages de quelques jeunes filles sont scarifiés des signes traditionnels tribaux, leurs chevelures sont étroitement tressées sur le crâne. Bien qu’elles vivent au bord de la rivière, nombre d’entre elles n’ont pas pris de bain depuis longtemps. Elles sont d’une saleté qui dépasse mon niveau de tolérance.
Cette nichée crasseuse s’agrippe à nos mains et nous guide à travers leur village. Leurs demeures se regroupent en un bouquet de cabanes de terre rectangulaires, comme des dés à jouer jetés au hasard sur cette île. Au milieu de ces cabanes gisent des marmites noircies, quelques poussins grattent la poussière, et de nombreuses chèvres grignotent quelques tiges desséchées. Un petit garçon, d’environ deux ans, racle avidement au fond d’un pot noirci, un reste de bouillie de mil.
Le village apparaît comme hors du temps et la vie semble austère.
« C’est un village temporaire. Les gens viennent ici quand l’eau manque dans leur village plus loin dans les terres » explique Jean-Claude. Aussi, je remarque « mais regarde ces enfants, alors qu’ils peuvent avoir l’eau à la rivière ! Ces bébés sont à moitié morts et certains de ces enfants montrent des signes de malnutrition et quelques uns d’entre eux semblent malades…
Jean-Claude secoure les épaules. « Ils n’ont pas assez de combustible pour faire bouillir l’eau, pas assez d’argent pour acheter du lait en poudre pour nourrir les bébés » « Ces bébés seront morts la semaine prochaine ! » dit Moussa qui a traduit nos échanges.
Choqués oui nous l’étions, mais cela, l’a toujours été en Afrique. Dans ce pays musulman, la polygamie est la règle. La plupart des hommes prennent quatre épouses et la plupart des femmes au Niger ont une moyenne de huit enfants. Avec de si nombreuses bouches à nourrir, chaque année connaît une période de disette quand les stocks de mil sont épuisés ; et les enfants sont les derniers à être nourris. Ils savent bien qu’un enfant peut être remplacé par un autre l’année suivante. Si cela ces mots peuvent raisonner de façon oppressante et décourageante, c’est bien la réalité !
Il n’y a réellement rien que nous puissions faire pour les aider. Il n’y a même pas un seul docteur ou une unité pédiatrique tout du long de la rivière. Aucun de ces miséreux n’a même l’intention de se rendre à Niamey si proche où il n’aurait même pas les moyens de payer le traitement pour leurs bébés mourant.
La visite de ce village a été la plus difficile épreuve de ce voyage pour nous tous.